Incitations à la violence

Les médias sociaux, Facebook en particulier, sont le lieu de messages homophobes souvent d’une très grande violence envers les personnes soupçonnées d’homosexualité et envers la minorité LGBT en général. Mais, ce que l’on voit au Tchad, ce sont des messages qui appellent ouvertement au lynchage et à la torture ou qui applaudissent de telles actions. En voici des exemples.

C’est en mars 2019 que le site Tchadhanana diffuse cet article publié en première page de l’hebdomadaire tchadien La Voix.

Dans un passé récent, il fallait se rendre dans les quartiers « chauds » de N’Djaména pour voir un homme s’amouracher avec un autre homme.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont devenus un espace que capitalisent ceux qui ont fait ce choix sexuel proscrit et très mal perçu. Enquête sur un phénomène qui tend à se banaliser.

L’article fait référence à une vidéo diffusant un spectacle donné dans un bar.  Les mains appuyées contre un poteau, celui qui se fait appeler « Ahmat Fraîcheur », se livre à une lascive danse mettant en mouvement son postérieur.

Titrant Montée en puissance de l’homosexualité, le journal profite de ce fait divers pour faire croire à une menace qui planerait sur le pays. Il en profite pour revenir sur les protestations, au pays et à l’international, contre l’article 361 bis du projet de nouveau code pénal tchadien en 2014, comme le rapportait un article de Radio France international­.

Les organisations de défense des droits de l’Homme se mobilisent contre l’article 361 bis du projet de nouveau code pénal tchadien. Si cet amendement est adopté, l’homosexualité sera punie de 15 à 20 ans de prison. La FIDH et sa ligue au Tchad, la LTDH, condamnent cette réforme.

L’article de la Voix en tire une conclusion qui trahit sa position éditoriale.
(…) le Tchad courbe l’échine et introduit des modifications substantielles au texte pénal sans dépénaliser pour autant l’homosexualité. Cela aurait été mal accueilli par une population qu’on dit à plus de 50% musulmane. La table est mise pour une utilisation des minorités LGBT comme boucs émissaires d’une joute politique.

C’est au début d’aout 2019 que 18 de nos membres ont été emprisonnés à Moussoro sur ordre du général Teguen Idibeï Berdei, alors gouverneur de la région de Bahr El Gazel. Cette rafle sera saluée, sur leur page Facebook, par un groupe de jeunes homophobes de la région, amorçant une campagne de haine et de violence homophobe allant jusqu’au meurtre.

chomorokha : désigne en arabe dialectal tchadien, celui qui fait les choses des femmes. C’est l’équivalent du mot homosexuel en français ;
tramoliens : drogués, version francisée d’un mot en arabe local ;
delefereh : efféminé en langue gorane.

Commentaires publiés sur Facebook suite à la rafle contre 18 membres de notre association.

Publications sur Facebook suite à la tenue d’une soirée de financement de l’Association en mai 2019 à N’Djamena.

Publications sur Facebook suite à la nouvelle de l’arrestation d’un homme déguisé en femme.

Cet incident rapporté par ce Alwihda Infojo au début de septembre 2019.

Commentaires suite à la mort de Ahmat Fraîcheur.

Ahmat Fraîcheur est la personne nommée dans l’article de la La Voix pour la publication d’une vidéo sur sa page Facebook. La vidéo le montrait en train d’exécuter une lascive danse dans un bar de la capitale. 

Les commentaires nuancés sont vites suivis d’appels à la violence et d’accusations. 

Commentaire suite suite à la publication de la vidéo de l’arrestation d’un garçon soupçonné d’être gai alors que des gens continuent à tenter de le battre.


Soupçonnés d’être homosexuels, ils sont arrêtés et exhibés à la télévision !

Le 24 Juillet 2020, un jeune homme de 19 ans a été présenté à la télé Tchad comme homosexuel présumé. Ce n’est pas un cas unique. Le 19 juin 2020, un autre présumé homosexuel était arrêté par la Gendarmerie nationale et lui aussi présenté au journal télévisé de 20 heures. Toutes les personnes arrêtées sont systématiquement soumis par la suite à des tests anaux forcés par la gendarmerie nationale tchadienne.

Le 24 juillet, le journal en ligne Alwihda Info publiait un article relatant une de ces arrestations sous le titre
Tchad : un homme suspect habillé en femme arrêté.

Tchad : un homme suspect habillé en femme arrêté. © Ben Kadabio/Alwihda Info

Un homme « suspect » habillé avec un voile féminin -qui recouvre l’ensemble de son corps- a été arrêté par les forces de la Gendarmerie nationale. Il a été présenté vendredi à Klessoum.

Soupçonné d’homosexualité, le jeune homme de 19 ans explique avoir été piégé par un homme qui lui a demandé de s’habiller en femme. Il indique avoir emprunté le voile avec une fille de son quartier pour une sortie où il devait rencontrer une femme.

« J’ai été piégé. (…) Il m’a dit que si je viens, je prends un lafaye », a-t-il déclaré. »Un homosexuel, c’est difficile à déterminer mais nous on le dit comme ça par rapport à son comportement, son habillement et la justice va faire la lumière », selon le porte-parole de la Gendarmerie nationale, Abakar Abdramane Haggar.

D’après le substitut du Procureur, Wambel Assoucia Ngueli, « l’homosexualité devient un phénomène de plus en plus galopant dans notre société. »

Il a instruit les unités d’enquête de la Gendarmerie, de procéder sans délai aux auditions.

L’homosexualité est répréhensible selon la législation tchadienne en vigueur.


Menaces directes à des dirigeants de notre association.

Ce texto, envoyé en janvier 2020, s’adresse directement à un fondateur d’Arc-en-ciel Tchad dont le demi-frère gay a été castré en janvier 2020 par des membres de sa famille et est mort de ses blessures.
Un autre texto envoyé à un des fondateurs d’Arc-en-ciel Tchad. Chicote signifie fouetter en rabe tchadien.
(idem)