Violences envers les personnes LGBT

Résumé des faits

  • Le 1er janvier 2018, 4 (quatre) de nos camarades ont été torturés à mort et leurs parents ont eu peur d’organiser les funérailles par crainte d’être humiliés par le gouvernement et aussi d’être exclus par leurs familles. Ces quatre jeunes, soupçonnés d’homosexualité, avaient dû fuir leur maison en moto en direction de la capitale. Après s’être arrêtés dans un village, les policiers à leur poursuite les ont rattrapés et ont ameuté des villageois qui se sont joints au lynchage.
  •  À la mi-aout 2019, 18 membres de notre association sont emprisonnés à Moussoro sur ordre du gouverneur de la région de Bahr El Gazel.
  • Un autre membre du bureau exécutif de notre association, Ahmat Fraîcheur, a été retrouvé mort dans sa chambre (dans la nuit du 31 décembre 2019).
  • Janvier 2020. Témoignage d’un des co-fondateurs d’Arc-en-ciel Tchad.
J’ai été arrêté par la police du 4e district, où j’ai passé 4 nuits (du 9 au 13 janvier 2020) dans une cellule 2/2 pour 9 personnes.

J’ai été accusé de défendre les mauvais esprits (c’est-à-dire les personnes LGBT au Tchad). Par la suite, j’ai été libéré sous condition pour être arrêté à tout moment si je ne renonçais pas publiquement à mon soutien à la communauté LGBT au Tchad.

Depuis ce jour, je n’ai pas cessé d’être menacé de mort par des personnes anonymes au téléphone, ou très souvent par des jeunes à moto qui me jettent des pierres.

Puis ils m’accusent d’être le CHEF des DIABLES.Mon demi-frère gay a été castré par des membres de sa famille et est mort de ses blessures.De plus, chaque nuit, des gens viennent vers moi avec des masques et me demandent de tirer en l’air.Actuellement, une très forte pression est exercée sur nous et nos familles respectives pour que nous cessions de défendre cette minorité.  En date du 11 mars, nous enregistrions déjà plus de 2300 messages et appels de menaces de mort et de chantage.
  • C’est ensuite la co-fondatrice d’Arc-en-ciel Tchad qui a été violée à plusieurs reprises par ses propres cousins et a été expulsée du domicile familial.
  • 19 janvier 2020. Un membre de notre association a été tué dans le centre de la capitale, non loin de l’église N°22.
  • Un autre membre a été assassiné en plein centre ville non loin d’une église le 24 janvier 2020 , il a avait reçu 7 coups de couteaux.
  • Un militant bahreïni, BERDEÏ Targio, président de l’Organisation tchadienne des droits de l’homme (ODTH), membre du conseil d’administration de l’association Arc-en-ciel Tchad, a été blessé, arrêté par le directeur général adjoint de l’ANS (Agence nationale de sécurité) ; sa vie est en danger.
  • Au début de mars 2020, les deux co-fondateurs d’Arc-en-ciel Tchad ont fui leur pays avec un statut de visiteur de 3 mois. C’était juste avant que leur soit envoyé une convocation pour les empêcher de quitter le territoire tchadien. Une personne soupçonnée d’avoir facilité leur sortie de l’aéroport international de NDJAMENA au Tchad a été arrêtée par des agents des services de renseignement et sa famille n’a pas eu de nouvelles depuis le 5 mars.
  • Même en étant à l’étranger, la pression s’est poursuivie sur les familles des deux co-fontateurs de l’Association qui ont dû leur acheminer un ultimatum sous la pression du gouvernement. Voici le témoignage de l’un d’entre eux.
On nous demande de revenir au Tchad le plus vite possible, et

1) Ne rien dire à propos des LGBT du Tchad ( aux organisations internationales ou gouvernements occidentaux) ;
2) Renoncer publiquement à ne plus défendre ni appartenir à la communauté LGBT ;
3) Accepter de prendre en mariage immédiatement et sans condition les personnes proposées par les autorités traditionnelles, religieux;

Si on accepte, on nous promet des postes de responsabilité par décret présidentiel, de l’argent et chacun une villa et une voiture 4X4 !

En cas de refus,
– nous serons bannis de nos familles respectives ;
– serons rapatriés de force et déchus de notre nationalité.
– Et, nous serons présentés à la télévision nationale tchadienne pour nous humilier et nous serons considérés comme des ennemis de la nation et passerons le reste de nos vies en prison.

  Notre réponse est simple ne jamais abandonner.

Nous sommes très inquiets par rapport à ce qui se passe au Tchad. À la suite du confinement et du couvre feu instauré par le gouvernement du Tchad, nous observons avec consternation l’homophobie et la stigmatisation des LGBT qui subissent, de manière très grossière, le harcèlement et l’humiliation.– Ils et elles sont soumis à des examens médicaux injustifiés, après un test négatif du VIH et du COVID-19, et sont forcé-es de se mettre en quarantaine, malgré leur statut négatif, malgré qu’ils/elles n’avaient pas d’antécédents de voyage dans la période indiquée, et n’avaient pas été en contact avec des personnes infectées ou présentant des symptômes du COVID-19.

En date du 14 Avril 2020, quatre (4) de nos collègues ont été arrêtés à leur domicile à Ndjamena, tous violé-es, torturé-es, dont l’un est gravement malade. Comme c’est généralement le cas, ces arrestations sont effectuées par des personnes enturbannées pour cacher leur identité. On met les victimes dans une voiture sans immatriculation et aux vitres teintées et on les emmène dans une prison clandestine. Voilà la signature des agents du renseignement, sous la direction du neveu du président. Puis, tous ont ils été conduits à l’hôpital de Farcha (Hôpital dédié au contrôle et à la prévention du COVID-19) dans la section des personnes atteintes. Dans ces circonstances, deux d’entre eux ont attrapé le virus.

À cette  date, nous totalisons plus de 2678 messages et appels de menaces de mort.